




Il y a quelques semaines, on fêtait l’anniversaire de Trench – le quatrième album studio de twenty one pilots. Je profite donc de cet espace pour rédiger un mot ou deux sur l’une des œuvres qui m’a le plus inspiré et qui a définitivement changé une partie de moi.
Ce devait être encore une de ces belles journées, début octobre oblige, où l’été et sa météo déborde un peu.
J’avais dû gaver tout le monde avec mes histoires de nouvel album, de sortie, de “non mais tu te rends pas compte, là, twenty one pilots sortent un album ce soir à minuit en fait”. Bien entendu, ma préoccupation n’était plus sur mon exercice d’algo.
Pendant tout l’été, j’ai dévoré les singles Jumpsuit, Nico And the Niners, Levitate et My Blood ; pas trop d’inquiétude donc sur la qualité du projet à venir. Je me disais : “c’est sûr, ça va me plaire, ils sont trop forts.”
La journée se termine, et faut encore attendre, y’a quelques heures insupportables qui me séparent du Saint Graal, on patiente comme on peut, on réécoute les projets d’avant. Pourquoi les albums sortent-ils toujours à minuit ? Et puis, s’il est minuit ici, quelle heure est-il dans l’Ohio ? Je m’occupe l’esprit, je fais diversion.
Je fais des allers-retours sur la page Spotify, je guette une sortie anticipée, on sait jamais, mais non, bien sûr, ça n’arrive pas. Je me dis même que je vais éteindre la lumière de ma chambre et me mettre l’album en plein écran (comme si ça allait changer quelque chose). J’entends mes parents qui montent pour aller se coucher.
Et puis l’album apparaît à minuit pile.

Happé pendant les cinquante minutes que compose l’album, Trench m’aura tirés les larmes au moment de conclure, avec Leave The City, une balade mélancolique tout au piano bien que teintée d’espoir. C’était impossible pour moi d’aller me pieuter sans passer certaines pistes au scanner de la réécoute. La nuit fut courte.


Trench n’est pas seulement un album, c’est le nom d’un monde fictif imaginé pour l’occasion, une vaste étendue de terres inhospitalières et sombres, ponctuée de chaînes de montagne, de collines mousseuses et de cours d’eau glaciale1 – caractéristiques de l’Islande, puisque c’est là-bas qu’a été tournée une partie des images. D’un côté, à l’Ouest, se trouve Dema2 (toute ressemblance avec le mot demon est bien évidemment fortuite…), une ville gouvernée par neuf évêques, qui inculquent à tous les citoyens un principe religieux fondamental selon lequel le suicide serait le seul moyen d’accéder au paradis. Visuellement, Dema a une architecture brute, béton froid et impersonnel, directement inspirée des tours du silence : des structures circulaires fascinantes, à ciel ouvert, jouant un rôle majeur dans les rites funéraires zoroastriens.


De l’autre côté, tout à l’est, il y a “là où on souhaite aller”, un territoire volontairement indéfini, et donc, pour le moment, parfaitement inconnu.
Au travers du personnage de Clancy, un citoyen de Dema qui se découvrira un jour des pouvoirs uniques, Trench raconte les multiples tentatives d’échapper à Dema et à l’emprise mentale de cette micro-société, gouvernée par cette congrégation d’évêques. Le voyage a beau être semée d’embûches, il y a toutefois une communauté qui vit dans les montagnes, encline à aider Clancy dans sa quête de fuir Dema et de traverser le continent pour atteindre l’autre côté. Cette communauté porte le nom des banditos3, métaphore élégante pour représenter l’aide d’un ami, mais aussi, dans une toute autre logique, les fans qui soutiennent le groupe depuis leurs débuts.


Le tout nouvel album du groupe, Scaled And Icy (sorti le 21 mai 2021) ne fait pas vraiment suite à cette histoire, mais apparaît plutôt comme une parenthèse musicale – bien qu’il ne soit pas totalement détaché de leur univers, loin de là. Pour connaître le dénouement et savoir si Clancy réussit à s’échapper et traverser Trench pour voir ce qu’il y a au-delà, il faudra attendre encore un peu.




