Échappée belle
Échappée belle
Échappée belle
Échappée belle
Échappée belle

Je croyais que les choses iraient en s’arrangeant, qu’il y aurait de la détente dans le geste, que ça deviendrait plus facile, et pourtant, projet après projet, c’est toujours aussi difficile pour moi de briser la boucle.

Il est 2h05, et dans quelques heures j’ai un train à prendre pour la Normandie, je me vois arpenter les gares, ma valise jaune crapahutant à côté de moi.

Je devrais pioncer, et bien sûr mes bagages sont pas faits, et tout ce que je trouve à faire de ma nuit, c’est d’écrire ce que je ressens à l’approche de la sortie de mon site web (oui, celui que vous consultez en ce moment).

J’ai comme l’impression que ce foutu site ne sortira jamais, tant il y a toujours quelque chose à ajuster, un bug à régler, la certitude que je peux faire un peu mieux quelque part.

Ouais, j’ai envie d’écrire sur ça, ce soir : ce sentiment d’échappée belle que j’ai à chaque fois que je m’apprête à mettre en ligne un projet.

J’en ai d’abord parlé à Louis. Ce que j’appelle le sentiment d’échappée belle, c’est un truc qui agit en deux temps, c’est d’abord cette vague de stress et d’incertitude qui m’envahit et me paralyse, à chaque moment où je me dis “ça y’est, je vais compiler mon site, ça part en prod, pour de vrai”

J’imagine le moment où je vais communiquer dessus, poster un tweet, copier/coller le lien frénétiquement en l’envoyant à un peu tout le monde, demander aux gens de partager…

Et puis la petite voix revient, cette connasse.

Elle me fait douter, me chuchote de sales trucs, alors on papote à deux, je l’entends me dire “il va en penser quoi, ton meilleur pote ? elle va trouver ça, bien Domitille ? et tes potes de promo ? ton daron ? les employeurs sur le marché ?”

Bref, je me chie dessus.

Dans ce torrent de pensées, je me mets à douter de mes goûts, de mes choix, au même moment je vois passer une inspiration sur mon feed Insta, je me dis merde, c’est peut-être pas ça que je voulais faire, pas sûr pour la typo, laisse moi ajuster les espaces, et puis si ça se trouve, c’est cliché, ce que j’essaie de faire.

J’enchaîne les tests de façon empirique, directement dans le code, et le projet prend une autre forme, il mute, il se métamorphose à coups de F5. Et lorsque que je pense avoir terminé, je me dis juste :

“Ouf, je l’ai échappé belle.”

Je l’ai échappé belle, oui, car j’ai failli sortir quelque chose de moyen, un truc qui ne reflète pas tout à fait la culture graphique et visuelle que je me tue à construire, jour après jour, depuis des années, en noyant mon œil d’images et de vidéos.

C’est pour ça que j’ai toujours eu les projets personnels en horreur, ceux où on est seul en slip devant son écran, ceux où on est son propre boss, ceux où on a tout loisir de repousser la deadline. Comment on dit, déjà ? “La créativité naît de la contrainte”, ou un truc comme ça.

Il est maintenant 2h24. Tant pis si je foire, tant pis si c’est pas à la hauteur. Personne m’attend. J’ai juste envie d’aller dormir, là, alors ça part en prod.

Merci Louis, car c’est notre petite discussion Discord improvisée qui m’a inspiré cette note. On se voit bientôt, j’espère, à Besançon !


Un après-midi avec Erwan
Un après-midi avec Erwan